Podcast : interview de Frédéric Brossard

 

 

 

[powerpress « http://testeurs-outdoor.com/new/wp-content/uploads/Interview-Fred-Brossard.mp3 »] Vous pouvez écouter ce podcast en live en cliquant sur le bouton Play en haut, ou télécharger le MP3 en cliquant sur Télécharger avec le clic droit de votre souris puis  » enregistrer le lien sous «  . Vous pouvez également le télécharger sur iTunes.
 
L’interview est également disponible sur Youtube au format Mp4
 

 

Fredéric Brossard

 

Frédéric Brossard est l’un des auteurs du livre  » Barefoot et minimalisme, courir naturel « . Dans cette interview de pratique une heure, il nous explique tout sur le phénomène du minimalisme, ses origines, ses avantages et limites et répond également aux questions des lecteurs du blog.


 

 

Retranscription texte de l’interview de Frédéric Brossard :

 

Jean Marc : Bonjour et bienvenus sur le blog Testeur-Outdoor. Aujourd’hui je suis avec Frédéric Brossard, un des auteurs du livre «Barefoot & minimalisme, courir naturel». Bonjour, Fred!

Frédéric Brossard : Salut!

Jean Marc : Alors, peux-tu commencer par te présenter rapidement aux lecteurs et auditeurs du blog?

Frédéric Brossard : Ça va aller vite! Donc, Frédéric Brossard, 45 ans, marié, deux enfants, ingénieur de formation, pratiquant de course à pied depuis pas très longtemps, en fait depuis six ou sept ans, coureur minimaliste depuis trois bonnes années. Bon, ma distance de prédilection c’est le marathon même si dimanche, j’ai fait un marathon qui n’a pas été très brillant, mais ça reste ma distance de prédilection. Voilà, c’est un peu simpliste. Bon, j’écris aussi sur le site runners.fr. Voilà.

 

Jean Marc : O.K. Et, tu écris aussi pour la revue «Jogging International»?

Frédéric Brossard: Alors j’ai, oui, j’ai écrit un moment pour «Jogging International». J’ai, j’avais créé d’ailleurs une rubrique minimaliste sur «Jogging International» mais là, faute de temps, parce qu’en fait, ce n’est pas mon métier d’écrire dans les journaux. Donc, faute de temps, j’ai un peu laissé tomber. Je me consacre uniquement au site «Runners».

Jean Marc : D’accord! Donc, on va commencer avec le «barefoot» et le minimalisme. C’est deux approches qui sont quand même différentes pourtant on les associe, mais elles sont différentes. Quelles définitions tu en donnerais?

Frédéric Brossard : En fait, elles ne sont pas, elles ne sont pas tellement différentes. Je pense qu’on verra après. J’ai vu les questions de certains de tes visiteurs du site. Effectivement, il y a des choses à éclaircir. En fait, le «barefoot» c’est de courir pieds nus comme le nom l’indique puisque «barefoot» ça veut dire pieds nus en anglais. En fait, le minimalisme, pour moi, alors, je vais peut-être en choquer quelques-uns, ce n’est jamais que l’idée de vouloir courir pieds nus, mais sans oser le faire. C’est-à-dire, si tu veux, avoir les mêmes sensations que si on courait pieds nus, mais tout en étant, en ayant un pied protégé. Donc, pour moi, ce sont deux, ce sont deux notions qui sont entre guillemets similaires, pas vraiment identiques, mais similaires. Voilà.

Jean Marc : D’accord! D’un point de vue biomécanique et anatomique, peux-tu nous expliquer pourquoi courir en minimalisme ou en «barefoot» est bon pour notre corps?

Frédéric Brossard : En fait, ce qui se passe… on va faire abstraction pour l’instant des termes «barefoot» et minimaliste. Aujourd’hui, globalement il y a, on va dire qu’il y a trois façons entre guillemets de courir. Il y a une première qui est assez classique, qui est celle d’attaquer par le talon et de faire un déroulé complet du pied. C’est celle que les équipementiers de la chaussure vous vendent depuis, depuis trente ans. Ensuite, il y a ce qu’on appelle la foulée médio-pied qui est celle justement utilisée par les bare-footeurs et les minimalistes qui est de dire bien on attaque pas du tout, il ne faut pas attaquer par le talon, mais il faut attaquer plutôt par la zone qui se situe entre les, enfin juste après les orteils et jusque sous l’arche du pied. Bon, le médio-pied, c’est une mauvaise traduction du terme anglais «mid-foot». Donc, c’est une foulée relativement à plat, mais vraiment attaquée par cette partie du pied. Et puis ensuite, on a la foulée qui est évidemment celle sur les orteils, mais qui est plus réservée aux sprinteurs, je dirais. Donc, on a ces trois types, ces trois types de foulées. Et donc la foulée «barefoot» et minimaliste supposent d’utiliser la foulée «mid-foot» et non pas la foulée talon. Et cette foulée est la foulée, entre guillemets, naturelle. C’est-à-dire, celle pour lequel le corps humain a été conçu pour courir sans artifice.

Fred à l’éco Trail Paris

 

Jean Marc : Pourtant toute la communauté scientifique, comme tu l’as dit, aussi les marques de chaussures ne sont pas tout à fait d’accord sur cet avis. D’après toi, d’où viennent les blocages?

Frédéric Brossard: Alors, en fait, ce qui se passe c’est que le, je dirais, le sport de masse est quand même une notion relativement récente puisqu’il y a, je ne sais pas, une trentaine d’années, les gens n’allaient pas courir comme ça par plaisir dans les parcs. Donc, quand les équipementiers ont senti qu’il y avait, qu’il y avait ce marché du jogging qui prenait, je veux dire, qui prenait de l’ampleur, ils ont cherché des solutions pour que tout le monde puisse courir et de façon simple. Et en fait la solution que ces équipementiers ont imaginé, c’est de courir justement avec une chaussure extrêmement amortie sur le talon ce qui fait que l’ on enfile sa chaussure, on va courir et puis, finalement, c’est assez facile parce que, je dirais, on se prend pas la tête, on a pas mal aux pieds, comme ça, et puis, bien, on peut aller courir. Par contre, cette, je dirais, ce choix, ce choix de dire qu’il faut attaquer par le talon puis dérouler le pied ne repose sur aucun fondement scientifique. Donc, ça fait trente ans qu’effectivement on dit aux gens de courir comme ça, mais y a pas du tout, y a jamais eu d’études scientifiques qui avaient été faites sur le sujet. Et, puis, en 2009-2010, le professeur Lieberman de l’Université d’Harvard, professeur de biomécanique, a démontré qu’en fait la foulée sur le médio-pied était beaucoup moins traumatisante en matière d’impact, des forces, des forces de contact au sol que la foulée sur le talon. Et, je dirais c’est à partir de là que la démarche barefoot minimaliste a pris de l’ampleur. Par contre, il faut quand même savoir que cette foulée, la foulée médio-pied dont je parlais tout à l’heure est quand même à la base de méthodes d’apprentissage de la course à pied telle que «natural running» ou bien «key running» qui elles existent depuis une dizaine d’années. Donc, il y avait quand même des gens qui depuis une dizaine d’années, en dehors des réflexions barefoot et minimalistes, avaient commencé à s’interroger sur qu’elle était la foulée idéale. Et eux avaient déjà dit : «Bien, ce n’est pas la foulée sur le talon.» Bon. Voilà.

Pour illustrer ces propos, j’ai trouvé sur le web une petite vidéo québécoise qui complète bien cette explication des foulées (faites actualiser la page si la vidéo n’apparaît pas) :

 

 

Jean Marc : D’accord. Dans ton livre, «Barefoot & minimalisme», tu dis que l’on doit retrouver la foulée innée de l’enfant.

Frédéric Brossard : Oui.

Jean Marc : Pourquoi doit-on le prendre en exemple?

Frédéric Brossard: Bien, en fait, si tu, si tu prends un enfant qui sait marcher évidemment, mais qui n’a jamais couru évidemment et à qui on n’a jamais mis de chaussures avec de gros talons et tu lui demandes de courir. Tu vas t’apercevoir que naturellement, il va courir de façon très déliée et sur le médio-pied. Tu lui demandes de courir, de courir pieds nus évidemment et pour lui ça va lui sembler complètement naturel parce que c’est un réflexe inné. En fait, ce qui se passe c’est que cet enfant, je dirais, il va, il va vivre dans notre société. Donc, on va lui mettre des chaussures. Et, quand il va faire du sport, on va aussi lui mettre des chaussures de sport. Et finalement, quand il va se mettre à courir au sens running ou jogging, je dirais, il aura été déformé par toutes ces années de port de chaussures. Alors qu’en fait, naturellement un enfant… les gens qui ont, s’il y a des auditeurs qui ont des petits enfants, ils peuvent essayer. Pour l’enfant, c’est complètement naturel de courir sur le médio-pied, avec le corps relativement droit, le haut du corps très souple, les genoux légèrement pliés, légèrement pliés vers l’avant pour bien amortir les chocs, et puis faire des tout petits pas, très rapides. C’est complètement naturel en fait.

Jean Marc :  En France, bon, le minimalisme il arrive, il débarque. Il est récent comme mouvement. Pourtant outre-Atlantique, il existe déjà depuis plusieurs années, notamment aux États-Unis. Comment expliques-tu qu’ils ont tant d’avance sur nous?

Frédéric Brossard : En fait, tout à l’heure, j’ai évoqué les méthodes d’apprentissage de la course à pied comme «key running» ou bien «natural running». Ça fait 10 ou 15 ans où les Américains s’interrogent sur qu’elle est la bonne façon de courir. Et donc, je dirais, il y a des gens, donc, Danny Dreyer, par exemple pour «key running», qui a mis en œuvre une méthode, une méthode qu’un certain nombre de personnes ont suivie. Et puis, le phénomène barefoot minimaliste est arrivé là-dessus par l’intermédiaire du livre de Chris McDougall dont tu as parlé sur ton site (cliquez ici) . Et puis, les gens, si tu veux, ça évoquait quelque chose pour eux parce que McDougall, évidemment, jusque là les gens ne couraient pas pieds nus. Et puis, McDougall, il dit, bien voilà, c’est courir sur médio-pied. C’est être souple. Ce que nous on ne connaît pas parce qu’en France, à ma connaissance, y a pas du tout de stages «key running» ou de stages, «natural running». Donc, dans l’esprit des Américains, il y avait une continuité logique avec des choses qu’ils connaissaient. Alors que chez nous, ce n’est pas du tout le cas. Et, on observe qu’en Allemagne, par exemple, ou au Royaume-Uni, qui étaient des pays qui étaient déjà un petit peu au courant de ces méthodes d’apprentissage de la course à pied, le phénomène minimaliste a pris beaucoup plus vite que chez-nous.

 


 

Jean Marc : Et, aux États-Unis, les débats sont chauds, voire très agressifs, entre les pros minimalistes et les antis. En France, quand le minimalisme va prendre de l’ampleur, tu ne crains pas que les débats deviennent aussi virulents?

Frédéric Brossard : Je ne pense pas parce qu’en fait ce qui se passe, si tu veux c’est qu’aux États-Unis, ces débats ont eu lieu au départ. À l’époque,  je dirais, les équipementiers n’avaient pas encore intégré ce phénomène. Ils n’avaient pas commencé à travailler sur le sujet. Nous, comme on est en retard, en fait, je dirais, le débat il va avoir lieu, mais quand l’offre produit qu’on va trouver dans les magasins va être relativement développée. Là, on voit toutes les marques quasiment ont sorti des chaussures , soit minimaliste, soit, entre guillemets, courir naturel. Finalement, avec, en expliquant à chaque fois, à chaque fois qu’ils vendent ces modèles comment les utiliser, si tu veux. Et donc, finalement, les gens qui vont se mettre à la démarche vont intégrer ça dans une logique qui paraît cohérente. Alors qu’aux États-Unis, quand c’est apparu, on avait encore tous les équipementiers qui refusaient de dire… Bien, voilà, en fait, on vous a menti, quoi. Ce n’est pas qu’on vous a menti pendant trente ans. Mais voilà, pendant trente ans, on vous a dit de courir sur le talon. Maintenant, il faut courir sur le médio-pied. Nous on aura pas ce débat, si tu veux, parce qu’en fait on arrive après la bataille, entre guillemets, et puis, y a du matériel, y a des réflexions qui ont eu lieu, y a pas mal, y a des écrits qui ont été faits et je pense que nous on va intégrer ça un peu plus naturellement que ce qui a pu se passer aux États-Unis.

Jean Marc : Oui, mais, comme tu le dis depuis des années, les podologues scientifiques, il ya des marques aussi, beaucoup de marques de chaussures de running, de chaussures de trail, qui nous vendaient la solution de l’amorti comme la solution idéale, enfin presque, pratiquement idéale. Il n’y avait pas de signaux d’alerte qui indiquaient qu’on allait dans le mur ou qu’on faisait fausse route?

Frédéric Brossard : Bien, tu sais, c’est très difficile à dire parce que quelque part, on pourrait prendre l’exemple des blessures. McDougall, c’est ce qu’il fait dans son bouquin. Il dit que 70% des coureurs à pied sont blessés. Ce qui est vrai. C’est logique. Bon, les blessures sont plus ou moins graves. Maintenant, est-ce qu’on, quelle est la poule, quel est l’œuf, quoi! Est-ce qu’on peut attribuer 70% de ces blessures au fait qu’on courre sur le talon et l’amorti, ou bien finalement, est-ce que ce n’est pas tout bêtement c’est pas que la course à pied, comme toute activité sportive, elle est traumatisante. Donc, après, bien voilà, effectivement, il y a tout plein de blessés. Donc, l’amorti est mauvais. C’est un raccourci que certains ont fait qui n’est pas forcément le bon. De même qu’il n’y a pas d’études scientifiques qui montrent que courir sur le médio-pied, c’est meilleur. Donc, si tu veux, c’est vraiment, c’est difficile. Ce n’est pas facile de chercher des coupables ou de dire, bien voilà, on n’aurait pas du faire ci, on n’aurait pas dû faire ça. Je pense qu’à la base les équipementiers, il y a trente ans, ils étaient sincères quand ils disaient : «Bien, voilà, le mieux, c’est de courir avec de l’amorti parce que ça permet d’aller n’importe où, de prendre ses chaussures, d’aller courir. Bon, maintenant, aujourd’hui, on dit un peu l’inverse. Je pense qu’il ne faut pas cherche de coupables. Il faut dire que c’est l’évolution naturelle, entre guillemets, de la recherche, de l’expérience, etc., etc.

Jean Marc : O.K. Tu as dit tout à l’heure, au tout début, que tu courais en minimaliste depuis deux, trois ans. Comment es-tu venu à découvrir cette tendance?

Frédéric : Alors, en fait, à l’origine, c’est vraiment la curiosité, je dirais. C’était plus dans l’idée d’écrire quelques articles pour le site internet sur lequel j’écrivais à l’époque. Et puis, c’était aussi la période où il y avait le phénomène «Vibram Five Fingers» qui prenait de l’ampleur. Donc, naturellement, j’ai voulu essayer ce type de chaussures que je trouvais assez amusant pour, pour en parler sur le site internet. Et puis, c’est vrai que je n’ai pas accroché aux Vibram. D’ailleurs, je me suis cassé le pied en Vibram. Donc, je n’ai vraiment pas accroché. Par contre, après, derrière, je me suis intéressé non seulement, bien, je me suis intéressé à ces chaussures, mais j’ai regardé un petit peu quel était le phénomène qui avait autour. Et puis, j’ai vu qu’il y avait quand même d’autres modèles. J’ai vu qu’il y avait quand même une tendance de fond. Je me suis dit : «Je vais peut-être essayer d’autres chaussures minimalistes.» Au début, c’était des chaussures très ésotériques, de petites marques américaines. Il n’y avait qu’eux, qui en faisaient. Et puis, au fur et à mesure, j’ai modifié ma foulée et je me suis rendu compte que j’étais beaucoup plus à l’aise pour courir, beaucoup plus léger sur mes appuis, et puis finalement, relativement plus performant parce j’ai quasiment gagné 30 minutes sur le marathon parce que je suis passé de 4h…, pardon, de 3h40 à 3h10 en passant des chaussures amorties aux chaussures minimalistes. Donc, si tu veux, moi, je me suis dit : «Bien, tiens, je suis plus à l’aise. Je suis plus performant. Bien, je vais continuer.» Donc, au départ, c’était vraiment le hasard. L’idée de dire : «Tiens, je vais tenter l’expérience. C’est amusant!» Et puis après, j’étais tellement bien à courir comme ça. Bien, pourquoi pas continuer, quoi!

 

Frédéric Brossard dans le final d’une course…

 

Jean Marc : D’après toi, quels sont les inconvénients, les inconvénients au niveau des blessures pour le, du minimaliste?

Frédéric Brossard: En fait, l’inconvénient principal du minimaliste, si tu veux, c’est la phase dite de transition. C’est-à-dire qu’on a perdu cette habitude, enfin cet inné qui était la foulée naturelle. Et puis, bien il faut quelque part, il faut la retrouver. C’est-à-dire que si tu enfiles des chaussures extrêmement minimalistes ou tu cours pieds nus, c’est évident que tu ne vas pas pouvoir courir sur le talon parce qu’immédiatement, tu vas voir mal. Et, en plus, tu vas devoir modifier ta foulée, c’est-à-dire, d’une foulée où tu attaques par le talon avec le centre de gravité en arrière, où tu déroules le pied, tu vas devoir passer à une foulée où tu as le centre de gravité à l’impact et puis un impact sur le médio-pied. Ce n’est pas des choses qui sont immédiates. Et, tu vas modifier, en fait, toutes tes attitudes. Donc, tu vas solliciter tes muscles différemment. Tu vas solliciter ton squelette différemment. Tu vas solliciter tes tendons différemment. Ce qui fait, qu’au départ, si tu vas, tu vas trop vite, tu risques effectivement de, bien, tu risques des blessures. Donc, il y a une blessure qui est relativement classique en minimaliste, c’est la fracture de fatigue d’un métatarse, par exemple. Surtout si tu fais du minimalisme sur route, soit «barefoot» soit avec des chaussures type les Vibram, le fait d’avoir des répétitions d’impact sur le médio-pied alors que tu n’es pas encore habitué, que ton pied n’est pas encore remusclé, je dirais, c’est radical, c’est la fracture de fatigue assurée. De même que tu peux ressentir des douleurs dans, sur le dessus du pied, douleurs dont la cause est clairement la pratique du minimalisme, au départ. Donc, je dirais qu’il y a tout cet ensemble, toute cette phase de transition qui est assez longue, où il faut laisser le temps au corps de s’habituer. Donc, si tu vas trop vite, c’est quasiment certain que tu vas te blesser. Voilà. Alors, après, par contre, maintenant je n’ai pas de recul suffisant pour te dire est-ce que dans cinq ans, on ne va pas s’apercevoir, courir sur le médio-pied, certes, on n’a peut-être qu’on a une autre pathologie qui, je dirais, qui est plus fréquente chez les coureurs médio-pied que chez les coureurs talon. Tout ça, si tu veux, on manque d’expérience et de recul pour enfin, pour le dire.

Jean Marc : D’ailleurs, dans ton livre, tu préconises une progressivité dans les entraînements. Tu pourrais en décrire les principes aux lecteurs, aux auditeurs?

Frédéric Brossard: Oui, alors, l’idée c’est dire qu’une bonne transition minimaliste… alors, ça dépend des caractéristiques physiques de chacun, mais, mais je dirais, une bonne transition minimaliste, on peut considérer que c’est minimum trois mois. Donc, Il faut introduire progressivement une bonne dose de foulées médio-pied dans les entraînements. Donc, commencer, par exemple, la première semaine par cinq minutes à la fin d’une séance d’entraînement. Alors, l’idéal c’est de, ça serait de le faire pieds nus parce que pieds nus, on met en jeu tout l’aspect sensoriel. C’est certain que c’est plus facile, je dirais, de se mettre à la foulée médio-pied, pieds nus qu’avec des chaussures minimalistes. Maintenant, tout le monde ne peut pas courir pieds nus, ce que je comprends fort bien. Donc, l’idée c’est dire, bon, la première semaine, on fait cinq minutes à la fin de chaque entraînement. Et puis la semaine d’après, on va rajouter cinq minutes. On pourrait faire dix minutes à la fin d’un entraînement, de chacun de ses entraînements. Et puis, ainsi de suite, un quart d’heure, 20 minutes, etc., jusqu’à arriver à peu près à être capable de courir une demi-heure, 40 minutes en chaussures minimalistes ou pieds nus avec une foulée à peu près correcte. Et, là on peut passer en 100% minimaliste.

 

 

Jean Marc : Justement, lorsqu’on arrive au dernier palier… parce que c’est le dernier palier, le palier des deux séances de trente minutes. Tu dis que l’on peut abandonner d’alternance e chaussures classiques et chaussures minimalistes. Par exemple, pour un coureur qui coure plus de cinq heures par semaine, la marche, elle est pas trop haute à passer?

Frédéric Brossard : Bien, oui, la difficulté elle est là, si tu veux. L’idéal… alors, c’est ça aussi qui peut un peu freiner les gens. C’est que logiquement quand on veut faire une transition minimaliste, il faudrait se consacrer qu’à la transition minimaliste. Quelque part, il faudrait quasiment abandonner l’idée de faire des entraînements, de préparer une compétition, etc…. De façon à ne pas mélanger toutes les choses. Maintenant, c’est vrai que ce n’est pas facile à dire. On ne va pas demander à quelqu’un : «Bien, écoute, pendant trois mois, tu cours cinq minutes chaque semaine, quoi.» Ça paraît un peu ridicule, quoi. L’idée dans ce cas-là c’est de dire que la transition minimaliste, je l’allonge. Je la fais, au lieu de la faire sur trois mois, je vais la faire sur six mois, quoi. Mais, c’est vrai que c’est un inconvénient. Ça veut dire, si tu veux, c’est un apprentissage. Ça t’oblige à réapprendre quelque chose que, avant, tu faisais d’une façon, et qu’on te demande de faire d’une autre façon. Donc, il y a forcément, je dirais, il y a effectivement des inconvénients.

Jean Marc : D’ailleurs, par rapport à courir pieds nus sur l’herbe, il ya a une idée que je m’étais faite, une idée préconçue… On le voit dans des clubs d’athlétisme notamment ou des clubs de foot, de rugby, courir pieds nus sur l’herbe. Tu dis que ce n’est pas bon. Pourquoi?

Frédéric Brossard : Non, enfin, je ne dis pas que ce n’est pas bon. C’est peut-être un peu mal écrit dans mon bouquin. Ce que je dis, c’est que si tu veux faire une transition minimaliste, en fait, il faut éviter les interférences entre le pied et le sol. C’est-à-dire que celui qui veut vraiment courir pieds nus, s’il réintroduit une espèce d’amorti donc, qui là est symbolisé par l’herbe, un amorti entre son pied et le sol. Bien, finalement, ça n’avance pas à grand-chose. L’idée c’est que le pied soit en contact direct d’un sol plat et lisse et que toutes les informations sensorielles en provenance du sol soient transmises au pied sans intermédiaires. Mais courir pieds nus sur l’herbe… oui, oui, pourquoi pas! … mais, pas dans le cas d’un apprentissage voulu vers le «barefoot».

Jean Marc : Bon, on voit que les équipementiers ils arrivent maintenant à vendre, à nous proposer des chaussures de modèles minimalistes. Quels sont les critères d’une vraie chaussure minimaliste? Parce qu’on entend de tout, on voit de tout, sur le Web, quand on parle, avec les commerciaux, tout ça…

Frédéric Brossard : Oui, tu as tout à fait raison. Alors, en fait, la question qu’il faudrait se poser… C’est vrai que c’est une réflexion sur laquelle je suis en train de travailler, que je n’ai pas assez développée dans le livre parce qu’à l’époque je l’avais pas encore. La réflexion, c’est donc de dire, finalement, ce n’est pas tellement de parler, d’employer le terme minimaliste, qui a été choisi de façon un peu malheureuse. C’est de se dire, qu’elle est la meilleure, quelles sont les meilleures chaussures pour pouvoir courir sur le médio-pied. Partant de là, on imaginait qu’il y a un critère fondamental, c’est, il faut que la chaussure, elle soit flexible sur l’avant du pied, au moins que la semelle soit flexible de façon à ce que tu puisses poser le médio-pied sans, et puis pouvoir redécoller sur le médio-pied… il ne faut pas que ça soit un bloc, ta semelle parce que sinon, tu ne vas pas pouvoir le faire. Donc, il y a déjà ce premier critère qui est la flexibilité de la semelle sur la partie avant. Après, deuxième critère qui est important, c’est le «drop», donc, le différentiel de hauteur entre le talon et l’avant du pied. Logiquement, si tu veux te rapprocher du pied nu, il faudrait que le «drop» soit zéro, c’est-à-dire que ta chaussure n’a pas de différentiel de hauteur. Bon, sur une chaussure classique, on est aux alentours de 12 à 16 mm. Faut-il chercher le zéro «drop»? Au départ, j’étais persuadé que oui. Et depuis quelque temps, depuis à peu près trois à six mois, j’ai fait pas mal d’expériences avec des «drops» divers et je pense qu’un «drop» de 4 à 6 mm est tout à fait acceptable et d’autant plus intéressant, si tu fais des courses longues distances parce qu’à un moment, ta foulée va se dégrader, et puis, c’est quand même intéressant de pouvoir reposer un petit peu l’arrière du pied. Donc, ça, c’est deux critères, je dirais, la flexibilité de la semelle sur la partie avant et puis le «drop» de 4 à 6 mm, bon zéro pour ceux qui veulent, mais je dirais 4 à 6, c’est raisonnable. Ensuite, il y a la largueur de la partie avant, ce qu’on appelle la «toe box», donc, l’endroit où sont les orteils. Comme on attaque de l’avant du pied, bien forcément le pied il s’écrase et il s’évase. Donc, c’est intéressant d’avoir une «toe box» qui est large. Ce n’est pas le cas de la plupart de chaussures. On est vraiment très serrés, très serrés à l’avant. Alors, sortis de là… Après, il reste la question de l’amorti, faut-il ou pas une semelle épaisse et amortie. Moi, au départ, c’est pareil, j’étais parti, il faut une semelle la plus fine possible pour bien sentir le sol. Et puis, je me dis finalement pour que les gens adhèrent, entre guillemets, à la bonne foulée, c’est pas forcément utile de les obliger à porter une semelle ultra fine entre laquelle ils vont ressentir les aspérités du sol, etc. Quelque part, on peut tolérer que la semelle ait une certaine épaisseur ou un certain amorti, à partir du moment où il est réparti et il n’y a pas cette notion de gros amorti sous le talon. Voilà! Je ne sais pas si je suis très clair.

Voilà des chaussures minimalistes

 

Jean Marc : Ah, si, si, si! Moi, j’ai tout compris.

Frédéric Brossard : Bon, bien ça alors…

Jean Marc : Du coup, il y a moins de matière, moins d’amorti dans les chaussures et pourtant les prix de ces dernières restent quand même élevés. C’est quand même assez paradoxal, non?

Frédéric Brossard : Ça, c’est toujours la question qui tue, ça. Bon, en fait, on peut justifier… on peut justifier de deux façons. En fait, c’est un peu tirer par les cheveux. La première, c’est de dire bien, finalement toutes les chaussures qui sortent aujourd’hui, amorties, elles bénéficient du fruit du des travaux qui ont été faits auparavant sur leurs devancières. Donc, quelque part, les frais d’études, à chaque fois, ils sont moindres puisque tu pars d’une chaussure existante pour en faire une nouvelle. Par contre, une chaussure minimaliste, aujourd’hui, les équipementiers n’avaient pas de références dans leurs bases de données. Donc, ils ont été obligés de la recréer de zéro avec des frais donc, de recherche et de développement forcément plus élevés.

Deuxième explication, au départ, ce marché était réservé à une petite série, enfin, petit nombre de coureurs. Donc, quelque part, bien, c’est pareil. Tu ne peux pas amortir sur un nombre de paires de chaussures colossal, le prix de revient, enfin, les coûts de développement, les coûts de fabrication de ta chaussure. Bon ceci peut expliquer cela.

Troisième explication, bien, jouer sur le phénomène de mode évidemment parce que le but de l’équipementier n’est pas philanthropique, c’est de gagner de l’argent. Bon, si tu crées un phénomène de mode, alors, tant qu’à faire, tu vends le produit cher puisque de toute façon, tu sais qu’il y a des gens qui vont l’acheter. Bon, on note quand même aujourd’hui que la tendance est à la stabilisation des prix. Alors, à part avec des marques comme Vibram, par exemple, qui, je trouve, fait encore des prix élevés. Maintenant, on arrive quand même à trouver des chaussures minimalistes aux alentours de, à partir de 80 euros jusqu’à 110 euros. Donc, on est dans une gamme prix un peu plus raisonnable, quand même.

 

Jean Marc : C’est vrai, oui. En parlant de semelles, tout ça. Les podologues, du coup… Parce que si on court avec des chaussures minimalistes, on enlève, par exemple, moi j’ai des semelles orthopédiques, alors, je dois les enlever.

Frédéric Brossard : Oui.

Jean Marc : Du coup, les podologues, ça doit être leurs maux aussi si tout le monde se met à courir en minimaliste?

Frédéric : Alors, après, oui ça, c’est pareil. Ça, c’est un autre débat. Aujourd’hui, il y a deux approches. C’est amusant parce que chez les podologuesil y a ceux qui vont rejeter en bloc… oui, bon, ce n’est pas compatible, des semelles. Et puis, il y a ceux qui vont voir le minimaliste comme une occasion de donner au pied sa liberté et souplesse et puis, finalement de mettre, de considérer cette activité comme des exercices pour corriger un certain nombre de défauts du pied. Et puis, finalement, de faire porter des semelles, non pas uniquement en courant, mais peut-être des semelles posturales dans le cas de tes activités de tous les jours, de tes chaussures de tous les jours. Donc, aujourd’hui, on a encore ces deux, ces deux tendances qui s’opposent clairement. Et c’est vrai que les chaussures minimalistes, logiquement, puisqu’une chaussure minimaliste n’est faite que pour reproduire le mouvement du pied nu… bien, c’est logique que tu n’ais pas à mettre de semelles dedans. Alors, ça moi, j’ai pas les connaissances techniques, enfin, les connaissances scientifiques suffisantes pour dire à quelqu’un qui a l’habitude de porter des semelles : «Il faut que tu les enlèves.» Moi, je conseille d’aller voir le podologue. Effectivement! Après, il faut avoir le bon podologue qui va être capable de comprendre de quoi on parle et puis de voir si c’est prudent ou pas de mettre des semelles.

Jean Marc : Oui. D’ailleurs, tu disais dans ton livre que l’entorse de la cheville ne pouvait pas exister si on courait avec des chaussures minimalistes.

Frédéric Brossard : Ah, j’ai dû faire un raccourci de langage aussi, là.

Jean Marc : Ou alors, c’est peut-être moi qui fais un raccourci de langage.

Frédéric Brossard : Non, mais j’ai peut-être fait un raccourci de langage. Non, l’idée c’était de dire que finalement quand tu cours avec des chaussures de trail, bon là c’était surtout dans le cas du trail que j’évoquais ce truc-là. Quand tu cours avec des chaussures de trail avec une grosse semelle extrêmement rigide, tu ne sens pas ce qui se passe sous ton pied. Donc, si tu tombes sur une pierre affluente, bien, ton pied, il peut partir à droite, à gauche, et puis te faire une entorse. Tu n’as rien senti parce que ta semelle était tellement dure que tu n’as rien senti. Avec des chaussures minimalistes, si tu veux, ton pied va, entre guillemets, épouser la forme de la pierre et au lieu de partir en bloc d’un côté ou l’autre, il va se comporter un petit peu, il va, comment expliquer cela, il va s’adapter un peu plus au terrain, quoi. Cela dit, ce n’est pas pour ça que tu n’auras pas d’entorses. Je n’ai pas dit ça non plus. J’ai dit que les risques étaient un peu moindres parce que le pied épouse mieux le relief et le contour du terrain et je trouve que tu as plus de sensations, plus de feedback en provenance du sol.

Jean Marc : Alors, si tu le veux bien, on va passer aux questions des lecteurs.

Frédéric Brossard : Oui, vas-y!

Jean Marc : On va commencer par une première question de Sandra B.

Frédéric Brossard : Oui, je les ai devant les yeux, là. C’est pratique.

Jean Marc : Moi, aussi. C’est pareil. Mais je vais la lire quand même : «Quand on passe au minimalisme, peut-on continuer à associer les deux approches, par exemple minimalisme sur route plus chaussures de trail?

Frédéric Brossard : Je vais répondre. Alors, je ne sais pas si je vais répondre directement à la question. Moi, ce que je dis dans le bouquin, c’est que, de toute façon, avant de faire du minimalisme en trail, il faut déjà bien maîtriser le minimalisme sur route. Ensuite, moi, je considère que si on veut continuer à faire du trail tout en ayant une super foulée minimaliste sur route, il faut alors adopter des chaussures de trail qui soient un peu plus souples que les chaussures habituelles. Bon, je vais prendre un exemple classique de chaussures que tout le monde connaît. Chez Mizuno, par exemple, on a la Cabrakan qui est une chaussure extrêmement rigide et ensuite, on a la Harrier qui est une chaussure plus légère et plus souple. Alors, c’est évident que si on veut, qui n’est pas une chaussure minimaliste, mais qui est une chaussure beaucoup plus souple. C’est évident que si on veut faire du trail et que, par ailleurs, on fait de la course sur route minimaliste, on privilégiera entre le choix de la chaussure Harrier que de la Cabrakan chez Mizuno. Bon, il y a d’autres marques. Je ne vais pas citer toutes les chaussures. Mais l’idée est un peu là.

Jean Marc : D’accord. Et il y a une deuxième question de Sandra B., d’ailleurs. «Quelle progressivité adopter pour passer de la chaussure aux pieds nus?»

Frédéric Brossard : Bien, c’est ce que je disais tout à l’heure. C’est entre trois, six mois. Bien, je ne sais pas si tu connais Christian Harberts là qui est le président de la «Barefoot Runners Society France». Donc, lui, qui court entièrement pieds nus… d’ailleurs, il a couru dimanche le même marathon que moi, pieds nus. Lui, il dit que ça lui a pris une petite année pour être parfaitement opérationnel pieds nus. Quand il dit parfaitement opérationnel, c’est-à-dire être capable de disputer des compétitions comme il pouvait le faire avant avec des chaussures. Donc, il considère qu’au bout d’un an, si tu veux, il est aussi efficace, aussi performant, peut-être même plus, et capable de faire tous ses entraînements habituels, complètement pieds nus. Voilà!

Jean Marc : D’accord.

Frédéric Brossard : Voilà. Au bout de trois à six mois, il peut courir un petit peu pieds nus, mais après s’il veut allonger les distances, s’il veut, par exemple, viser le marathon comme il l’a fait dimanche, il faut quand même attendre un an.

Jean Marc Oui, oui. D’ailleurs, à ce sujet, est-ce qu’il y a une limite en distance pour courir «barefoot» ou minimaliste?

Frédéric Brossard : Bon, là, je vais encore me faire des ennemis. Je vais dire que oui. Alors, certains vont dire : «Oui, mais machin, il arrive à faire 3 ultras d’affilée, pieds nus.» Alors, je dis : «Oui, c’est sûr! Mais, machin, bon, c’est un surhomme.» Ce que je veux dire c’est que si tu veux le corps humain, il a des limites, Donc, il faut quand même imaginer que dire à quelqu’un : «Tu peux courir un ultra de 160 kilomètres pieds nus.» Oui, il y en a qui vont le faire, c’est sûr, mais à quelle vitesse… comment il va finir, etc. Je pense qu’il y a des choses que le corps humain sait faire et puis à un moment, il faut adopter un outil. Tu prends l’exemple d’une vis. Tu peux visser une vis à la main. Il n’y a pas de problèmes. Mais si à la fin tu veux la serrer et que ça tient, il faut bien que tu prennes un tournevis. Donc, quelque part, c’est pareil. Tu peux courir pieds nus pendant 50 kilomètres, mais peut-être que si tu veux en faire 100, bien, à un moment, il va falloir que tu te protèges. Il va peut-être falloir que tu rajoutes un tout petit peu de «drop» pour moins te fatiguer, etc., etc. Alors je sais que quand je dis ça, il y en a, les vrais et les puristes poussent des cris d’orfraie, mais moi, je reste persuader que cette notion, que le corps humain, il a besoin d’un outil pour pouvoir mener ses tâches à bien.

Jean Marc : Très bien. Alors, maintenant, on va passer à une question de Mathieu D. : «Quelles sont les limites du minimalisme dans la pratique du trail?»

Frédéric Brossard : Bien, enfin, sa question, elle est vraiment, enfin, elle est vaste. Aujourd’hui, alors, le minimalisme, si on considère le minimalisme comme, je dirais, toutes ces chaussures zéro «drop» avec des semelles très fines, etc., c’est évident qu’aller faire des trails dans les, en montagne avec beaucoup de roches, avec beaucoup de cailloux, avec des chaussures comme ça, bien, ça nécessite quand même une pratique extrême. On prend l’exemple d’Anton Krupicka, là, le coureur américain. Anton, c’est lui qui a développé la gamme Minimus de New Balance. Alors, il a développé une chaussure qui s’appelle la MT00 que moi j’ai utilisée sur les Coterelles, qui est une chaussure qui fait 110 grammes, qui a pas d’amorti, qui a une semelle extrêmement fine. N’empêche que Anton, quand il court un vrai trail en montagne, ce n’est pas celle-là qu’il met. Il met une chaussure d’inspiration minimaliste qui est la MT110, mais une chaussure qui possède un petit amorti et un petit «drop» de 4mm. Donc, si tu veux, y a pas de limite en tant que telles, mais par contre, je rejoins à ma notion d’outils. Il faut alors adapter ton matériel à la course en question. Tu vois ce que je veux dire?

Jean Marc : Oui, tout à fait!

Frédéric Brossard : Alors, si tu prends…. Bon, une chaussure qui est une chaussure relativement connue, c’est la Salomon S-LAB Sense. Ce n’est pas une chaussure minimaliste en tant que telle. C’est la chaussure de Kilian Jornet, là, mais c’est une chaussure qui s’inspire des bons principes du minimalisme tout en conservant quand même un petit peu d’amorti et beaucoup de protection. Donc, cette chaussure qu’on peut tout à fait utiliser en montagne sur des trails difficiles, tout en ayant, tout en courant, entre guillemets, minimaliste mais en étant protégés, quoi.

Voilà une petite vidéo de présentation de la chaussure de trail Salomon S-Lab Sense (faites actualiser la page si la vidéo n’apparaît pas) :

 

 

Jean Marc : D’accord. Dans les limites, par rapport à la pratique du trail, tu nous soulignes dans le livre, il y a les descentes.

Frédéric Brossard : Alors, effectivement, les descentes, oui, les descentes en chaussures minimalistes sont assez difficiles. Il faut vraiment faire des tout petits pas sur l’avant du pied. C’est vraiment, c’est, ça se travaille. C’est franchement, c’est franchement délicat. Je n’ai jamais trouvé de vraies solutions quand je regarde les sites américains des pratiquants du trail minimaliste. Effectivement, les gars, ils disent on peut soit courir zigzaguer… bon, alors, ça peut marcher sur certains sentiers, soit faire vraiment faire des tout petits pas comme une espèce de machine qui tricote. Ce n’est jamais facile non plus, faire des tous petits pas avec les genoux qui bagottent dans tous les sens, ça va sur une toute petite descente. Quand tu as 300, 400 mètres à descendre, à la fin, tu commences à en avoir un peu marre quand même.

Jean Marc : Tout à fait, oui! Après, j’ai une question de Adonf2toi. Il dit : «L’utilisation de chaussures minimalistes entraîne une modification de la foulée vers une foulée plus naturelle, pour éviter notamment les traumatismes.»

Frédéric Brossard : Oui.

Jean Marc : Finalement, pourquoi ne pas simplement enseigner la technique de course, mais en utilisant des chaussures classiques?

Frédéric Brossard : Et bien, sa question est excellente et elle contient même d’ailleurs la réponse, quasiment. C’est que, quand tu regardes les méthodes comme «key running» ou« natural running» qui t’apprennent à courir sur le médio-pied. Sauf que courir sur le médio-pied avec une chaussure ultra classique, style, je ne sais pas, on va prendre, par exemple, une Mizuno Prophecy, par exemple. Je défie quiconque de courir avec une Mizuno Prophecy sur le médio-pied. C’est impossible parce que la chaussure est trop rigide, parce qu’ y a trop d’amorti, parce que quand tu vas poser le médio-pied, bien, ton talon il va se poser tellement y a des blessures sur le talon. Pareil avec les Asics Kinsei, par exemple. Alors, par contre, ce n’est pas pour cela qu’il faut trouver des chaussures ultras minimalistes. Il faut trouver un juste compromis. C’est ce que je disais tout à l’heure. Tu peux, si tu as une chaussure classique, enfin, d’inspiration classique avec un «drop» de 4 à 6 mm, tu peux tout à fait courir avec une bonne technique de course et une foulée médio-pied, sans soucis. Bon, par exemple, moi, j’ai testé une Asics Gel-light 33. C’est une chaussure qui s’inscrit dans cette finalité, c’est-à-dire que, ce que je disais tout à l’heure, la semelle est souple sur l’avant, le «drop» est que de 6mm. Elle est relativement amortie, mais c’est une chaussure qui effectivement te permet de courir avec la foulée médio-pied sans être gêné. Par contre, certaines chaussures, c’est impossible. C’est infaisable. Voilà! Donc, nous on est pas obligés d’aller chercher le zéro «drop». C’est ce que je disais tout à l’heure. Mais il faut quand même une chaussure qui puisse, qui puisse supporter la foulée médio-pied.

Jean Marc : Et pour en revenir à cette histoire de chaussure qui puisse supporter la foulée. Pour des personnes, des coureurs qui pèsent, par exemple, 80 ou 85 kilos, courir en minimaliste, c’est possible?

Frédéric Brossard : Oui. Alors, tout est possible, si tu veux. Il n’y a pas de limite. Aux États-Unis, moi j’ai, enfin, j’ai même vu, entre guillemets, des obèses qui couraient minimaliste. Simplement, qu’il faut qu’il convienne… plus le corps est loin de l’idéal, entre guillemets, inné, plus il convient d’être prudent et puis de prendre son temps. Voilà.

Jean Marc : D’accord. On revient aux questions des lecteurs. Il y a une nouvelle question de Adonf2toi.

Frédéric Brossard : Oui, c’est un peu le même genre de question que la première.

Jean Marc : Mais par contre, la première question : «En définitive, est-ce que le minimalisme n’est pas en train d’être victime de ce qu’il est censé dénoncer à la base le marketing avec le phénomène de mode justement?»

Frédéric Brossard : Oui, mais non, il ou elle a tout à fait raison. En fait, ce qui est un gênant dans cette affaire de minimalisme c’est que… y a à la fois une notion de bonne foulée. Donc, qui est la foulée sur le médio-pied, qui est, comme je l’ai dit tout à l’heure, qu’on peut tout à fait acquérir en pratiquant une méthode comme «chi running», «natural running» ou «pose tech», des choses comme ça. Et puis, la notion du minimalisme comme argument de vente de chaussures. Et, c’est vrai que c’est difficile de faire la bonne part des choses entre les deux. Et, bon, et c’est clair qu’il y a eu une récupération marketing du phénomène minimaliste .… Sans pour autant, et c’est là où je rejoins un petit peu son message, sans… en fait, on a expliqué aux gens que cette distinction entre la bonne foulée est l’outil pour faire la bonne foulée. Tu vois ce que je veux dire?

Jean Marc : Oui, tout à fait. Oui.

Frédéric Brossard : Alors qu’en fait le minimalisme, on l’a pris par le mauvais bout. Alors, voilà clairement. Je vais dire les choses. Le livre de McDougall, il est bien. Il est à la fois bien et il n’est pas bien. Ce qui est bien, c’est qu’il a fait prendre conscience aux gens que, contrairement à ce que les équipementiers disaient, la bonne foulée, ce n’est pas la foulée sur le talon. Et puis, en même temps, il n’est pas bien parce qu’il a introduit cette notion de «barefoot», et de zéro «drop», etc., qui n’est pas forcément la réponse grand public à cette nécessité de changer de foulée, quoi. C’est… le mieux est toujours l’ennemi du bien, comme on dit. C’est à force de dire : «Bien voilà pour avoir la bonne foulée, il faut courir pieds nus.» Non, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai.

Jean Marc : Alors après, nous avons une question de Shaun qui dit: «Bonjour, je suis pratiquant multisport (arts martiaux, crossfit, course à pied, vélo… et autres…). Il y a quelques mois, on déconseillait l’usage de chaussures multisport pour la course à pied, et maintenant les fabricants (Merrell, par exemple) sortent des modèles minimalistes dits polyvalents avec lesquels on pourrait tout faire. Comment un tel revirement est-il possible?»

Frédéric Brossard: Bien, on va rejoindre un peu l’argument marketing.  Il se trouve que de façon assez amusante, j’ai récupéré une paire, enfin il ya une semaine ou deux, une paire de Merrell multisport. C’est ce qu’on appelle des Merrell multisports. C’est quand même à la base une chaussure qui a été faite pour courir, dans l’esprit Merrell, qui est quand même une chaussure minimaliste avec peu de «drop», une semelle pas trop épaisse, mais relativement amortie. Alors, après, c’est un peu l’idée de dire qu’avec cette chaussure vous pouvez faire autre chose que de courir. Oui, c’est sûr, comme on peut le faire avec… Pourquoi? Parce que la chaussure n’est pas typée. C’est qu’en fait le problème des chaussures de course à pied, quelque part, les anciennes, entre guillemets, les classiques, c’est qu’elles sont faites pour aller dans un seul sens, c’est-à-dire pour aller, pour courir dans le même sens que la route. Tu ne peux pas clairement faire des mouvements de côté. Comme, jouer au tennis, par exemple, avec des chaussures de running, c’est quand même un truc casse-gueule, quoi, quelque part. Avec ces chaussures de type Merrell où finalement, les semelles sont, il n’y a pas de «drop», les semelles sont assez plates, y a pas de soutien d’arche. Tu as ton pied à plat et tu peux aussi bien aller vers l’avant que vers le côté, sans risques. Tu n’as pas de risque de te tordre la cheville parce que tu pars sur le côté avec la chaussure. Tu vois ce que je veux dire?

Jean Marc : Tout à fait! Tout à fait!

Frédéric Brossard : Après, c’est pareil. C’est un argument marketing. Bien, voilà. La chaussure, on peut l’utiliser pour tout faire.

Jean Marc : Après nous avons une question de Romain qui dit qu’il est coureur reconverti minimaliste et qu’il court en Vivo Barefoot Ultra Men’s sans le chausson. Il demande si tu as testé ces chaussures et si oui, qu’en penses-tu?

Frédéric Brossard : Je ne sais pas. Non, non, les Ultras, je n’ai pas couru avec. Mais les Ultras, je me souviens plus lesquelles c’est. C’est celles qui sont tout ajourées, ça, je crois, non?

Jean Marc : Je crois que c’est celles-là. Oui. Moi, j’ai des Vivo Barefoot, mais pas Ultra Men’s. Moi, j’ai des Vivo Barefoot de trail.

Frédéric Brossard : Oui. Je regarde. J’ouvre Google en même temps parce que je veux regarder si c’est bien celles auxquelles je pense les Ultra. Non, je n’ai jamais couru avec les Ultra. Oui, d’accord. C’est ça. C’est des chaussures avec, qui sont complètement ajourées. Moi, non, je n’ai jamais couru avec les Ultra. Donc, là, je ne sais pas répondre à la question.

La chaussure de running Vivobarefoot Ultra Men : vous connaissez?

 

Jean Marc : Mais quand il dit enlever le chausson, c’est enlever la semelle intérieure? Je pense…

Frédéric Brossard : Non, non, je crois que, comme ce sont des chaussures, c’est une chaussure en plastique pleine de trous. Il me semble qu’à l’intérieur il y a aussi un chausson que tu peux mettre, il me semble, en plus.

Jean Marc : D’accord, O.K. Je ne connais pas du tout non plus.

Frédéric Brossard : Il semble. Bon, je ne veux pas dire de bêtises parce que je ne la connais pas bien cette chaussure. J’ai voulu la tester à une époque et puis ça ne s’était pas fait. Donc, là, je ne préfère pas répondre. Je ne sais pas répondre.

Jean Marc : D’accord. Après, nous avons une question… en fait, plusieurs questions de Valérie : «Est-ce qu’on a, par exemple, plus ou moins de risques d’avoir des ampoules?»

Frédéric Brossard : Non. Bien, pas spécialement. Je dirais, si on a des ampoules, elles sont toujours causées par une inadaptation entre le pied et la chaussure. Donc, après, les ampoules qu’on peut avoir par contre, qu’on a pas avec les chaussures classiques, c’est sous les métatarses. Mais on n’a pas plus de risques d’avoir des ampoules qu’avec des chaussures classiques.

Jean Marc : Ensuite, elle demande si, pour les genoux, est-ce qu’il n’y a pas des risques pour les genoux justement le fait de courir sans amorti, ou pratiquement sans amorti?

Frédéric Brossard : Bien non! Parce qu’en fait, quand tu cours avec de l’amorti, tu attaques avec la jambe tendue vers l’avant. Et puis, donc, quand tu tapes sur le talon, tu as tout l’angle de choc qui remonte dans le genou. Alors, que quand tu cours, quand tu cours minimaliste avec une foulée médio-pied, ton genou est légèrement plié vers l’avant, ton centre de gravité est à l’aplomb de tout ça et puis, je dirais, il y a tout un filtrage naturel des ondes de choc qui se passe. Donc, non le genou … Finalement, le genou est beaucoup moins sollicité parce qu il est actif. Et puis, surtout, il ressent beaucoup moins les chocs qu’avec une foulée sur le talon.

Jean Marc : Et du coup, bon, on se sent plus légers à courir avec des chaussures minimalistes que des chaussures classiques. Ça paraît logique, non?

Frédéric Brossard : Bien, oui. Oui. Clairement! Clairement! Clairement! Il faut bien voir qu’en fait, la foulée talon quand on réfléchit… quand on attaque avec la jambe tendue devant, on fait… on induit un effet de freinage par rapport au déplacement parce que finalement, on tape. Et donc, on se freine par rapport au déplacement…, au sens dans lequel on est en train de courir. En fait, en minimaliste, comme tu avances en posant le pied, tu es toujours dans le même sens. Donc, tu es forcément plus léger parce tu ne te freines pas, quelque part.

Jean Marc :  Après, nous passons à une question de Bruno76.

Frédéric Brossard: Attends! Elle avait encore une dernière question qui était : «Est-ce que certains terrains sont plus ou moins adaptés?»

Jean Marc : Oui.

Frédéric Brossard: Oui, oui. Elle a tout à fait raison. Les super spécialistes du «barefoot» et du minimalisme sont capables de courir n’importe où. Je dirais que pour le grand public, c’est évident que courir sur des gravillons, par exemple, pieds nus, ça restera, même si on est un spécialiste du minimaliste, ça restera quelque chose de particulièrement désagréable.

Jean Marc :  Merci de l’avoir… Oui, c’est vrai, j’avais oublié cette question. Alors, on passe, à Bruno76 qui dit : «Bonjour Jean Marc. Mille mercis pour cette initiative qui permet effectivement de faire avancer le débat, et donc d’enrichir les connaissances de la communauté des coureurs.» Alors, il a lu avec beaucoup d’attention ton livre, celui de Frédéric…

Frédéric  Brossard : Oui. J’ai vu sa question.

Jean Marc : Alors, d’après toi ?

Frédéric Brossard : En fait, lui, c’est ce que je disais tout à l’heure. Il me reproche, enfin quelque part, il me reproche d’avoir écrit dans le bouquin que le minimalisme a des limites. Bon. C’est sûr que si je donne un argument, on va me rétorquer que oui, mais, un tel, un tel est capable de faire ci, est capable de faire ça. Moi, je rejoins ma notion de … Enfin, il y a toujours cette notion d’outils que j’ai développés tout à l’heure. C’est-à-dire que moi j’estime que pour faire du fractionné. Si tu fais du fractionné sur piste, tu fais des 100 mètres sur piste ou des 400 mètres sur piste, en appui médio-pied… Si tu as une VMA qui a 18 ou 19 ou 20 kilomètres-heure, bien, je peux te dire que ce n’est pas évident de faire ça «barefoot» ou de faire ça avec des chaussures minimalistes. Après, certains vont y arriver. Je remets pas en cause. Moi, je m’adresse au grand public. Dans le bouquin, c’était le but avec Daniel. On ne voulait pas s’adresser à une petite caste ésotérique. On voulait s’adresser à M. Tout-le-Monde. Donc, c’est là où on dit, bien, les gars, oui, minimaliste, c’est bien. Minimalisme, c’est bien pour courir en endurance parce que la course innée de l’homme… Si on s’appuie sur le bouquin de McDougall, par exemple, il dit bien oui, courir pieds nus, c’est la façon dont couraient les hommes des cavernes ou nos ancêtres. Oui, certes, mais ils ne faisaient pas des séances de VMA sur piste. Ils ne faisaient pas ceci cela. Donc, quelque part, si notre corps a été créé pour courir, il a été créé pour courir à une allure raisonnable. Dès qu’on va modifier cette allure, dès qu’on va chercher à aller plus loin, dès qu’on va chercher à aller plus vite… Bien, notre corps, il n’a pas forcément été créé pour. Il faut peut-être l’aider. Il faut peut-être lui direIl faut peut-être lui apporter un soutien. Alors, quand je dis les limites, c’est vraiment les limites, là, c’est plus dans l’esprit des limites du minimalisme, de la chaussure minimaliste. Je pense, par exemple, que sur un marathon : Moi, j’ai couru un marathon avec des chaussures zéro «drop», sans amorti, des Saucony Hattori…Sur la fin, je n’étais franchement pas à l’aise. J’aurais aimé avoir un peu de «drop». Ça ne m’aurait pas empêché de continuer à courir sur le médio-pied. Mais, si tu veux, j’aurais préféré avoir un peu de «drop» pour pouvoir reposer un petit peu, mon pied sur les derniers kilomètres. Voilà. C’est un peu ça que je dis. Ce n’est pas de dire il faut changer sa foulée si on fait un marathon. Ce n’est pas ça. C’est, on garde la même foulée. Par contre, on se munit d’un outil qui permet de nous aider à résister à la distance qui s’allonge. Ce n’est pas clair?

Je vous propose maintenant une vidéo présentant le livre dont nous parlons souvent dans cette interview (faites actualiser si la vidéo n’apparaît pas) :

 

 

Jean Marc : Si, si, si. Je comprends ce que tu veux dire. Mais du coup, par exemple, si tu… on va dire pour un coureur chevronné ou expérimenté qui dans son entraînement a des séances de VMA, des séances de seuil, des séances d’endurance aussi. Alors, du coup, est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux pour lui alterner entre les chaussures? Réserver les chaussures minimalistes pour les séances d’endurance et pour les compétitions s’il fait des compétitions longues et pour les fractionnés courts, vraiment remettre des chaussures plus appropriées.

Frédéric Brossard : Bien, en fait, je pense qu’il faut… C’ est là où je disais tout à l’heure que le terme minimaliste, il n’est pas bon. En fait, il faut distinguer la foulée, qui est la foulée «mid-foot», qui est la bonne foulée, entre guillemets, de la chaussure. Je pense qu’effectivement on peut courir «mid-foot» même à des vitesses élevées, même si au bout d’un moment, on va plutôt sur les orteils, sur des séances de sprint. On peut aussi courir «mid-foot» sur un marathon. Ce n’est pas un problème. Ce que j’avais voulu dire dans le livre. C’est vrai que ce n’est pas facile.  Enfin, il est difficile de trouver les bons mots. C’est de dire qu’une chaussure minimaliste zéro «drop» extrême… bien, elle n’est pas forcément adaptée à l’effort en question.  Par contre, elle peut-être super agréable pour courir à des vitesses d’endurance 60, 70, en fait, 65 à 75% de VMA. Donc, peut-être faut-il effectivement faire un certain type d’entraînement avec des chaussures zéro «drop» tout en ayant sa foulée «mid-foot» habituelle. Et puis, par contre, quand on va faire des choses un peu plus difficiles, avoir une chaussure un peu plus adaptée. Moi, aujourd’hui, j’en suis clairement là dans ma réflexion. Je vais aller faire des séances, par exemple, quand je vais faire des séances de 1000 mètres, donc, qui ne sont pas des séances de VMA pures. Bien, je vais mettre, par exemple, mes Adidas Adipure Gazelle qui sont des chaussures clairement minimalistes, ultras légères et minimalistes. Quand je vais faire une sortie de deux heures et demie, trois heures, je vais mettre des chaussures qui restent légères, qui ont toujours des caractéristiques de chaussures minimalistes, mais qui ne sont pas des zéros «drop». Tu vois ce que je veux dire?

 

Voilà les chaussures de running Adidas Adipure Motion Gazelle

 

Jean Marc : Tout à fait! Tout à fait!

Frédéric Brossard : J’adapte, mais ça ne m’empêche pas d’avoir la même foulée. Sauf, que je sais qu’au bout de deux heures et demie, bien, ma foulée va un peu se dégrader parce que, parce que mon corps il est stylé. Je suis quand même plus un athlète de très haut niveau et puis, je vais avoir besoin d’un peu de soutien sous le pied. Voilà.

Jean Marc : O.K. alors, après on passe à une question et je crois que c’est la dernière de Altenbach, alors qui dit que les coureurs kenyans courent pieds nus et mettent la pâtée à leurs adversaires. Donc, le minimalisme n’est pas discutable. Déjà, moi, je suis, je veux dire, en contradiction avec lui. Je ne sais pas si tu as lu le livre «Courir avec les Kenyans»?

Frédéric Brossard : Non, je n’ai pas lu, non.

Jean Marc : Et, donc, il parlait justement du, de pourquoi les Kenyans, ils écrasaient … Il essayait d’analyser pourquoi les Kenyans écrasaient tout le monde sur des distances comme le marathon, le demi-fond. Et, il partait, au départ, il était parti sur le principe des chaussures minimalistes et s’était aperçu que courir pieds nus, dès leur naissance, leur avait donné un certain avantage, mais que ce n’était pas la seule raison parce qu’en fait, les coureurs kenyans après ils courent avec des chaussures classiques

Frédéric Brossard :  En fait, moi, j’ai pas mal d’amis kenyans via Facebook. En fait, les gars, ils courent globalement pieds nus jusqu’à 15, 16 ans pour former leur pied, c’est-à-dire pour que leur pied acquière le développement nécessaire des muscles du pied. Dans le pied, il y a des muscles contrairement à ce qu’on pense. Il y a des muscles, y a des articulations… En fait, y a pas mal de choses dans le pied. Donc, ils le développent jusqu’à 15, 16 ans et après, effectivement, ils passent à des chaussures. Sauf, qu’ils ont le pied fort, entre guillemets, le pied robuste. Donc, ça, c’est un premier aspect. Et puis, après, il y a surtout leur façon de s’entraîner. Ils ont des techniques d’entraînement qui n’ont rien à voir avec celles qu’on peut pratiquer dans nos pays. Ils font du bi quotidien. Ils font des entraînements extrêmement intenses suivis de très longues périodes de repos. Ils alternent les entraînements franchement monstrueux avec des périodes de repos pour bénéficier du phénomène de surcompensation juste derrière. Donc, ils ont ces deux trucs. Un pied qui a été développé entre 0 et 15 ans. Donc, qui est fort, qui est musclé. Et puis, après, des techniques d’entraînement qui elles aussi contribuent à faire que le corps va supporter des efforts plus difficiles pendant plus de temps ou être capable d’aller plus vite pendant un temps donné, quoi.

Jean Marc : Au niveau des entraînements, quand on veut courir ou débuter en chaussures minimalistes ou en «barefoot», au niveau de la préparation physique, est-ce qu’on doit l’intensifier, faire des squats, faire du talon de pied, d’autres exercices de ce genre?

Frédéric Brossard : Bien, moi, j’aurais tendance à dire qu’il faut surtout travailler son pied, quoi parce que le problème du pied, c’est que tous les muscles du pied, par exemple, les muscles sous le pied, l’arche, enfin, tout ce qui est muscle du pied finalement sont relativement atrophiés quand on marche en chaussures, etc. Je pense que c’est surtout le pied qui a besoin d’être travaillé pour être musclé après, bon, il est toujours bon de faire de la préparation physique. Ce n’est pas moi qui vais dire qu’il ne faut pas faire de la préparation physique. C’est toujours mieux, mais ce n’est pas une obligation. Il faut non plus que les gens… Il ne faut pas que l’entraînement, ça se transforme en martyre non plus. Si t’es habitué à faire de la préparation, Si t’as pas l’habitude, essaie de travailler un petit peu la souplesse du pied. Essaie de marcher un petit peu pieds nus chez toi, quand t’es chez toi dans la journée, etc. Il ne faut pas se compliquer la vie, quand même. Il faut que ça reste un plaisir.

Jean Marc : Oui, tout à fait. Il faut que ça reste un plaisir. Bon, je ne te pose pas la dernière question de Altenbach parce que bon il demandait si … par rapport le prix des chaussures. Moi, je voudrais revenir… cet aspect des marques. Ils nous proposent des chaussures de transition. Est-ce que c’est vraiment utile ou est-ce que c’est purement marketing?

Frédéric Brossard : Bien, c’est une bonne question. La chaussure de transition, elle a pour but de t’aider. En fait, c’est quoi une chaussure de transition. Une chaussure de transition, pour moi, c’est une chaussure…alors, c’est ma définition, c’est une chaussure dans laquelle la semelle a été conçue de façon globalement à t’empêcher de poser le pied sur le talon et puis à te faire basculer immédiatement sur l’avant, et puis sur le médio-pied. Il y a des exemples classiques. C’est les chaussures Newton, qui sont bien connues avec leur dispositif sur le devant du pied, les patins. Tu as les Skechers avec leurs semelles bombées. Tu as les Brooks Pure… des choses comme ça. Alors, ça….au départ, je n’étais pas très favorable à ce type de chaussures. Je me disais que c’est quand même mieux d’acquérir la foulée naturellement en mettant en jeu les mécanismes d’acquisition sensorielle, etc. Et puis, je me dis, tout le monde a pas forcément le temps de faire ça. Et puis, ce n’est pas facile quand même, quoi quand on pense, de modifier sa foulée. Alors, l’intérêt de cette chaussure, c’est qu’elles permettent un peu de le faire mécaniquement. C’est-à-dire que tu vas enfiler la chaussure. Tu vas partir courir. C’est la chaussure qui va t’obliger à courir, quelque part. J’aurais tendance à dire que ce type de chaussures est quand même un bon outil pour favoriser la transition.

Jean Marc :  Alors, du coup, on se trouve avec une chaussure de transition, plus une chaussure minimaliste.

Frédéric Brossard: Oui, ça fait beaucoup de chaussures.

Jean Marc : Ça fait beaucoup de chaussures et le prix enfle parce que, du coup, les chaussures de transition justement sont assez chères quand même. Je regardais un petit peu sur Internet. Elles sont quand même… à 150 euros grosso modo.

Frédéric Brossard: Oui, mais, tu prends le cas de la Skechers, par exemple. Les Skechers, elles sont à 80 euros. Ce n’est pas très cher quand même. C’est quand même un outil intéressant. Moi, quand je l’avais testée, vraiment j’étais déjà trop minimaliste pour qu’elle me plaise. Mais, j’ai recommandé type de chaussures à plusieurs personnes, dont un gars qui pèse 80, 82 kilos, et puis eux, ont trouvé qu’effectivement, ça avait nettement amélioré leur foulée. Et puis derrière, ils sont passés à des chaussures plus minimalistes, mais plus classiques, entre guillemets, dans le minimalisme. C’est plus des chaussures que tu vas utiliser pendant une phase donnée, par exemple six mois. Et, après, tu vas passer à des chaussures qui vont avoir un «drop» plus réduit, etc. Tu ne vas pas garder ta chaussure de transition.

Jean Marc : D’accord. Pour en revenir au livre au livre que tu as écrit en collaboration avec Daniel Dubois «Barefoot & minimalisme courir au naturel» comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre?

Frédéric Brossard : Bon, en fait, c’est vraiment par hasard aussi. C’était l’an dernier vers avril 2011je voulais faire un article sur les livres qui existaient en français sur le minimalisme. Et donc, parce qu’il existe beaucoup de littérature anglo-saxonne, mais n’y avait rien en français. Il n’y avait rien, je ne savais pas à l’époque, y avait rien en français. Donc, j’ai contacté des éditeurs qui travaillent dans le domaine du sport. J’ai dit : «Bien écoutez, est-ce que vous avez prévu d’écrire un livre sur le minimalisme. Ça m’intéresserait de citer vos ouvrages sur un site Internet pour que les gens, ils aient des ouvrages de référence.» Et tous ont dit : «Non, non, on ne sait pas ce que c’est, etc. etc.» Et puis, bon j’avais posé la question à Amphora et puis Amphora a dit : «Non, on a rien de prévu sur le sujet.» Et puis, deux trois semaines après, enfin, le responsable à Amphora, me rappelle et il dit : «Mais, ça ne vous intéresserait pas d’écrire ce bouquin que vous recherchez?» Alors, j’ai dit : «Bien, oui, pourquoi pas?» Je n’ai pas réfléchi très longtemps et puis on est, je suis parti… j’ai dit : «Je vais l’écrire le bouquin.» Et puis, au bout de deux ou trois jours, j’ai dit : «Oui, mais, il y a quand même des choses que je ne maîtrise pas.» … typiquement tout ce qui est biomécanique. Moi, j’ai mon expérience de coureur minimaliste, mais je n’ai pas les notions scientifiques, corps humain, biomécanique. J’ai dit : «Tiens! Il se trouve que je connais quelqu’un qui les a. C’est Daniel Dubois qui court pieds nus et qui est un ostéo.» et qui maîtrise bien tout ça. Donc, j’ai appelé Daniel et je luis au dit : «Écoute Daniel, tu ne vas pas écrire un bouquin avec moi?» Et puis, Daniel, il a aussi dit oui tout de suite. On a dû réfléchir chacun trente secondes, en fait, et puis on est partis dans l’aventure. Voilà. C’est vraiment un hasard, quoi.

 

© Running Café : Ici en photo les chaussures de running Brook

 

Jean Marc : Ça vous a pris combien de temps à écrire ce livre?

Frédéric Brossard: Donc, on a commencé à l’écrire au moment des congés d’été 2011. Donc, Daniel a écrit assez vite… en fait, on s’est réparti, si tu veux, les paragraphes, Daniel et moi, en fonction de nos compétences respectives. Donc, Daniel a écrit très, très vite ses parties. Bon, c’était son premier jet. Moi, je suis un peu plus lent à l’allumage. Moi, il faut que je sois contraint par le temps pour me réveiller. Donc, moi, j’ai mis un peu plus de temps à les écrire. Bon, je dirais, Daniel, en septembre, il avait fini. Moi, j’ai fini en octobre ou en novembre. Puis après, il y a eu toute la partie relecture. Il a fallu assembler ce que Daniel et moi avions écrit, qu’on essaie de synthétiser, d’avoir le même niveau de langage, que les gens n’aient pas l’impression de changer de bouquin à chaque fois qu’ils changeaient de chapitre, si tu veux. Donc, on a refait tout ça. Et puis, après, il y a eu toute la partie illustration qui elle a pris… il y a eu un shooting photo, y a eu la recherche de visuels auprès de gens qui pouvaient en disposer. Globalement, en février, on avait terminé tout ça et le bouquin, il est parti chez l’éditeur qui lui après a fait la mise en page après, derrière.

Jean Marc : Donc, vous êtes le seul livre qui traite de ce sujet, en fait?

Frédéric Brossard : Bien, aujourd’hui, en français, on est le seul. Oui, Oui! Oui, oui! Ce qui est intéressant, ce qui est bien dans la démarche, c’est que ce soit un éditeur reconnu sur le marché du sport, Amphora, qui a bien voulu éditer notre livre. Enfin, c’est même lui qui a suggéré qu’on l’écrive. Ce qui est un gros avantage par rapport à un «web book» ou une chose comme ça. C’est que le bouquin tu le trouves en librairie et puis tu le trouves sur tous les sites de vente style Amazon ou la Fnac. Donc, la diffusion est relativement simple. C’est-à-dire que celui qui va chercher un bouquin sur Google, un bouquin sur le minimalisme, il va trouver ce bouquin-là.

Jean Marc : Du coup, donc, les ventes sont bonnes?

Frédéric Brossard: Oui. Enfin, sont bonnes. Oui. Oui. Ce n’est quand même pas un Marc Lévy ou un Musso. Non, non, mais les ventes, je ne sais pas, honnêtement, je vais te dire, je pensais que ça se vendrait à quelques centaines d’exemplaires. Il y a quelques personnes puis finalement on est au-delà des 2 000.

Jean Marc : C’est bien! C’est bien! Vous avez prévu dans quelques années de faire une nouvelle édition après, une édition actualisé?

Frédéric Brossard : Oui. Je pense qu’il faudra le faire parce qu’il y a des choses qui évoluent. Bon, il y a déjà toute la partie matérielle. Quand tu vois les pléthores de modèles qui vont sortir, c’est quand même intéressant de la remettre un peu à jour. Et puis après, il y a quand même des notions qu’il va falloir précisé, notamment on a vu le débat sur les limites. Et puis après, peut-être de bien distinguer ce qu’on appelle la bonne foulée de ce qu’on appelle le minimalisme. Peut-être dire le minimalisme, c’est plus l’aspect matériel et la bonne foulée, c’est indépendant. Tu vois, bon, il y a un certain nombre de choses qu’on peut remettre. Puis après, on aura peut-être un peu plus de recul sur la pratique, sur les types de blessures. Je pense qu’il y aura des compléments, mais bon, on a le temps. On ne va pas faire ça tout de suite.

Jean Marc : Il faut un petit peu de repos.

Frédéric Brossard: Oui. Il faut du repos. Il faut surtout que les infos soient disponibles, qu’il y ait des choses nouvelles à apporter.

Jean Marc : D’accord. Bien, voilà. C’est parfait. Je te remercie.

Frédéric Brossard : Il n’y a pas de quoi. Je te remercie aussi. C’était très sympa.

Jean Marc : Est-ce que tu voudrais rajouter quelque chose?

Frédéric Brossard : Non, c’est ce que je disais tout à l’heure…En fait, si, si. Il y a un truc important que je voudrais rajouter. Je vais paraphraser Blaise Dubois qui est le grand spécialiste canadien du minimalisme. Lui, il dit, si aujourd’hui vous courez avec des chaussures amorties, que vous êtes bien, que vous êtes super performants, que vous n’êtes jamais blessés. Bien, continuez, quoi! Ce n’est pas la peine de passer au minimalisme. Maintenant, si vous êtes pas à l’aise, que vous vous sentez lourds, que vous vous blessez souvent et que vous ne vous trouvez pas performants… Bien, essayez autre chose. Voilà. C’est ce que je voulais dire.

Jean Marc : C’est une bonne conclusion, alors?

Frédéric Brossard: Bien, je pense, oui.

Jean Marc : C’est une bonne conclusion. Je te remercie, Fred.

Frédéric Brossard : Bien, Il n’y a pas de quoi. Bien, écoute, passe une bonne journée.

Jean Marc : Bonne journée à toi aussi. Cette interview s’achève maintenant. J’espère que nous avons pu répondre à vos interrogations sur le minimalisme. Vous pouvez voter pour cet article ici ou bien sur la page Itunes. Merci à vous pour votre confiance !


 

Note : Les liens de cet article pointant vers Amazon sont des liens affiliés. Si vous achetez un produit chez eux en suivant un de ces liens, je toucherai une petite commission sans que cela n’augmente le prix que vous payez. Cela me permet de continuer à vous proposer du contenu gratuit et de qualité chaque semaine. Merci à vous !

 

Si vous avez une question ou des remarques sur le minimalisme, vous pouvez l’écrire ci-dessous, je ferais le relais avec Frédéric Brossard.

About the Author Jean Marc

Coureur et trailer avec une expérience de plus 25 ans d'expérience. Entraineur FFA 1er niveau et Triathlon BF5. TC du BEES. Formation de base nutrition certifiée CPD. Nous souhaitons vous aider à progresser en course à pied, à franchir un cap et à ressentir les bienfaits de cette pratique sportive.

Leave a Comment:

18 comments
Add Your Reply
Total